La syllogomanie : un TOC à part entière ?

Une comorbidité non exhaustive

Obsessions et compulsions forment un socle commun aux troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et au trouble d’accumulation compulsive (TAC). Des symptômes de syllogomanie seraient présents chez 25 à 35% des personnes atteintes de TOC, suggérant une relation étroite entre ces deux troubles (Frost, Krause, & Steketee, 1996; Rasmussen & Eisen, 1992).

adult dark depressed facePour autant, les études récentes semblent indiquer que le TOC ne serait qu’une possible comorbidité de la syllogomanie, sans en être la plus fréquente. Les troubles de la personnalité seraient tout autant représentés (Pertusa, et al., 2010).

Sur le plan psychopathologique, les accumulateurs purs présenteraient moins de stress, moins de symptômes anxieux et dépressifs que les accumulateurs avec comorbidité obsessionnelle (Grisham, Brown, Liverant, & Campbell-Sills, 2005).

Données anatomiques et neuropsychologiques

Les accumulateurs compulsifs présenteraient des perturbations cérébrales intéressant spécifiquement le cortex cingulaire antérieur et l’insula (Tolin, et al., 2012). Le processus de prise de décision serait perturbé ainsi que le circuit de la récompense, se rapprochant ainsi du mécanisme de l’addiction.

Chez les accumulateurs compulsifs, le déficit exécutif prédominerait au niveau de la prise de décision, de l’organisation, de la planification, de la résolution de problèmes et de la catégorisation. Une utilisation moins efficace des stratégies de récupération en mémoire et un rappel différé plus faible seraient constatés. Des difficultés attentionnelles intéressant essentiellement l’attention soutenue et l’attention spatiale seraient observées. Une moindre efficacité à détecter les stimuli cibles serait retrouvée ainsi qu’une forte impulsivité (Grisham, Brown, Liverant, & Campbell-Sills, 2005).

Une étude menée sur 385 étudiants tend à montrer que les croyances sous-jacentes au TOC sont différentes des cognitions dysfonctionnelles propres au trouble d’amassement compulsif et qu’elles ont une faible valeur prédictive concernant l’apparition ultérieure d’un TAC (Wheaton, Abramowitz, Fabricant, Berman, & Franklin, 2011). Les auteurs plaident par conséquent en faveur d’une distinction des deux entités au plan cognitif.

Une causalité multifactorielle

Les hypothèses étiologiques concernant les facteurs cognitifs et émotionnels susceptibles d’expliquer le comportement d’accumulation compulsive privilégient quatre pistes (Frost & Hartl, 1996) :

  1. celle d’un déficit du traitement de l’information aboutissant à un fonctionnement idiosyncratique,
  2. celle d’un attachement émotionnel inadéquat marqué par le développement d’une hypersentimentalité envers les possessions matérielles,
  3. celle d’un évitement comportemental et du maintien de cognitions dysfonctionnelles relatives à l’anticipation de conséquences négatives si les patients se débarrassent de leurs biens,
  4. celle du besoin de garder le contrôle sur leurs possessions, rendant impossible la délégation du désencombrement à un tiers.

Le traitement du trouble d’accumulation compulsive en TCC

Modélisation cognitivo-comportementale du Trouble d’Accumulation Compulsive (TAC)

Frost et Hautekee nous proposent une modélisation centrée sur les trois causes explicatives qui interagissent entre elles :

  • un déficit des fonctions exécutives qui s’actualise par des perturbations dans la prise de décision, l’organisation, la catégorisation, les stratégies de récupération en mémoire,
  • des croyances dysfonctionnelles autour de l’usage des objets ou de la responsabilité du sujet,
  • un cycle auto-renforçant entre l’acquisition de nouveaux objets qui procure des émotions positives et la conservation des anciens qui évite au sujet de ressentir des émotions négatives telles que la tristesse, la honte ou la culpabilité.

Les thérapies du trouble de l’amassement compulsif

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Les techniques classiques d’exposition avec prévention de la réponse connaîtraient des résultats limités dans le TAC (Steketee & Tolin, 2011). La TCC ciblée sur l’organisation, la prévention de l’acquisition et le désencombrement fonctionnerait bien chez les accumulteurs compulsifs résistants au traitement médicamenteux (Tolin, Frost, & Steketee, 2007).

La thérapie individuelle ciblerait les cognitions dysfonctionnelles liées à l’anticipation des conséquences négatives du tri des objets, en mettant l’accent sur la nature irréaliste des croyances de l’accumulateur.

Un traitement multimodal proposant une thérapie à la fois individuelle et collective a été expérimenté en 2000. Les séances de groupe associaient un programme de psychoéducation sur la syllogomanie, un entraînement à la prise de décision et à l’organisation, des séances de restructuration cognitive et un volet d’exposition comportementale.

L’approche collective gagnerait en efficacité dans les tâches de renoncement (tri des objets), du fait de la pression et du support social apporté par le groupe. On peut également faire l’hypothèse d’un apprentissage par modeling de compétences non acquises au départ de la thérapie. Les résultats se sont avérés encourageants avec des scores à la Y-BOCS diminués de 16 à 35% en post-thérapie (Steketee, Frost, Wincze, Greene, & Douglass, 2000; Saxena, Maidment, Vapnik, & Golden, 2002).

Spécificité de la thérapie dans le TAC : limites et perspectives

Ces résultats peuvent pourtant apparaître décevants, si on les compare avec ceux obtenus dans la TCC des TOC. Les accumulateurs compulsifs mettent souvent fin prématurément à la thérapie. Ils adoptent fréquemment des comportements et des cognitions contre-productifs.

Leur motivation et leur compliance aux exercices seraient réduites, du fait de leur faible insight et de la nature profondément égosyntonique du trouble d’accumulation (Frost, Tolin, & Maltby, 2010). Le thérapeute gagnera à adjoindre un volet d’entrainement aux habiletés d’organisation et à la résolution de problèmes. Il devra également consentir à réaliser des séances au domicile du patient dans le but de l’aider à se débarrasser du superflu et à ne pas en acquérir davantage (Blais, 2015).

Au Canada, Kieron O’Connor a développé la TBI ou Thérapie Basée sur les Inférences, une approche thérapeutique qui laisse une large place au script narratif alternatif. Selon la TBI, les obsessions résulteraient de raisonnements inductifs dysfonctionnels : des stratagèmes de raisonnement classés en six catégories permettraient d’inférer un doute là où la logique l’excluerait naturellement. La TBI oeuvrerait en amont du doute, faisant des inférences primaires la cible thérapeutique, alors que la TCC se centrerait sur le traitement des inférences secondaires (O’Connor, Koszegi, Aardema, van Niekerk, & Taillon, 2009).

Extrait de mon mémoire de 3ème année à l’AFTCC

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