Vaincre les TOC

Vaincre les TOC avec les thérapies cognitivo-comportementales et stratégiques

C’est le titre d’un petit livre aussi astucieux qu’informatif consacré au traitement des troubles obsessionnels compulsifs. Son auteur, Lionel Dantin, est psychiatre, praticien hospitalier en Centre Hospitalier Spécialisé en Lorraine. Cinq ans après la parution de ce premier livre, le spécialiste du traitement des TOC en publiera un second intitulé Tout savoir sur les TOC pour mieux les vaincre !

De tous les ouvrages consacrés au sujet, Vaincre les TOC reste mon préféré.

D’abord, parce qu’il est clair et facile à lire, tant pour le clinicien que pour le patient souffrant de TOC qui souhaiterait en savoir plus sur les traitements de ce trouble. En préface, le Professeur de psychiatrie Roland Jouvent souligne la pertinence de cette approche qui démonte les mécanismes psychopathologiques qui sous-tendent le Trouble Obsessionnel Compulsif avant d’en détailler avec subtilité les symptômes pour mieux présenter ensuite au lecteur les modalités de la psychothérapie qui pourra être proposée au patient. Roland Jouvent ponctue ainsi son propos :

En s’attachant à l’un des troubles les plus handicapants de la vie quotidienne, le livre de Lionel Dantin rendra de grands services à de nombreux patients, peut-être même en les encourageant à faire le saut d’une demande thérapeutique.

S’engager dans une thérapie est souvent une démarche qui s’accompagne d’anxiété pour le patient atteint de TOC. L’évocation de sa souffrance est compliquée par la gêne qu’il ressent à décrire certains rituels ou à livrer ses obsessions. En reproduisant les exercices proposés en Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC), l’ouvrage de Lionel Dantin aide à dédramatiser les Troubles Obsessionnels Compulsifs et redonne espoir au patient. Ce n’est pas par hasard que le Docteur Dantin cite Lao-Tseu en introduction :

Un voyage de mille lieux a commencé par un pas…

vaincre les toc

Un autre aspect séduisant de ce livre et non des moindres, c’est le fait qu’il se réclame à la fois des TCC et des thérapies stratégiques. Il est rare qu’un auteur réunisse ces deux approches dans le même ouvrage. Lionel Dantin complète sa description de la prise en charge cognitivo-comportementale des TOC par une référence à l’école de Palo-Alto et aux thérapies stratégiques. Les deux approches ont en commun d’être identifiées comme des thérapies brèves orientées vers le changement mais, là où les TCC restent centrées sur le patient et son symptôme, les thérapies stratégiques (qui s’inscrivent dans la lignée de la théorie systémique) privilégient une vision externalisée et interactionnelle du problème compris dans son environnement. On retrouve avec bonheur l’historique des tentatives de solution antérieures, la prescription du symptôme et la logique paradoxale chère aux élèves de Paul Watzlawick : « si tu veux redresser une chose, commence par la tordre de toutes les façons possibles ».  La  pensée de Giorgio Nardone et son art de la résolution de problèmes empreint de sagesse taoïste ne sont pas bien loin !

Le deuxième point qui m’a plu dans ce livre, c’est la clarté avec laquelle sont décrites les étapes de la restructuration cognitive, phase essentielle de la thérapie au cours de laquelles vont être décortiquées les pensées automatiques négatives du patient atteint de TOC : intolérance à l’incertitude, surestimation de la menace, cumul des probabilités, fusion pensées-faits, perfectionnisme, technique du camembert pour l’attribution de responsabilité, collectionnisme… les différentes composantes de la pensée obsessionnelle sont ici passées au crible avec en parallèle, des exercices types qui peuvent être proposés par le thérapeute.

L’efficacité d’une thérapie stratégique repose en grande partie sur la personnalité du thérapeute ainsi que sur sa capacité à adopter le langage du patient et à entrer en relation avec ce dernier. Lionel Dantin

Pour autant, la partie comportementale de la thérapie n’est pas oubliée et l’auteur explique avec soin les critères qui président à la mise en place des exercices d’exposition. Le principe d’une Exposition avec Prévention de la Réponse (EPR) est très bien expliqué. Un bref récapitulatif permet au thérapeute de garder en mémoire les conditions nécessaires à la réussite des tâches comportementales : les notions de progressivité, d’égosyntonie et d’insight sont ici rappelées dans une formulation simple et précise.

On pourrait croire que l’on a fait le tour des 200 pages de cet ouvrage synthétique, mais non ! L’auteur propose aussi de nombreux cas cliniques didactiques ainsi qu’un déroulé des premières séances de thérapie. Un bref chapitre est également consacré à l’apport de la méditation de pleine conscience dans la thérapie des Troubles Obsessionnels Compulsifs. Lionel Dantin n’oublie pas de parler de la place de la famille dans la thérapie, de la prise en charge des TOC chez l’enfant et l’adolescent, de la spécificité du traitement pharmacologique des TOC et de la nécessité de réévaluer régulièrement les progrès réalisés en thérapie.

Au cas où il resterait une once de frustration chez son lecteur, l’auteur publie en annexe les critères diagnostiques du TOC retenus par le DSM-IV (le livre est sorti en 2014, avant la parution de la 5ème version du DSM), un rappel des traits de personnalité obsessionnelle, plusieurs questionnaires dont la Y-BOCS, un arbre décisionnel de la prise en charge à adopter face à un TOC ainsi que la précieuse liste d’Abramowitz des 10 recommandations pour une exposition réussie, à lire avec le patient avant de se lancer dans les exercices d’EPR. Ma liste à moi n’est pas exhaustive et je n’ai pas cité dans les annexes le diagramme de la théorie du contrôle cognitif des obsessions de Clark, ni la liste des obsessions communes de Purdon et Clark. Vais-je résister à la tentation ou céder à ma tendance perfectionniste en vous citant la Compulsive Activity Checklist Révisée qui reprend en 28 items la liste des activités susceptibles de poser problème au patient du fait du temps consacré chaque jour aux rituels ? Aïe, trop tard.

Last but not least, le livre de Lionel Dantin comporte une bibliographie ciblée organisée par thématiques (48 références tout de même, dont la plupart bénéficient d’une traduction française).

Enfin, le lecteur trouvera en fin d’ouvrage une liste regroupant des associations et des centres de formation à la prise en charge des TOC. Le classement se fait par pays. Pour la France, sont cités bien sûr l’AFTCC (l’Association Française des Thérapies Comportementales et Cognitives), l’AFFORTHEC (l’Association Francophone de Formation et de Recherche en THErapie Comportementale et Cognitive), l’AFTOC (l’Association Française de personnes souffrant de Troubles Obsessionnels Compulsifs), l’IFFORTHEC (l’Institut Francophone de Formation et de Recherche en Thérapie Comportementale et Cognitive), l’IRCCADE (l’Institut de Recherche Comportementale et Cognitive sur l’Anxiété et la Dépression) et l’ADM (l’Association pour le Développement de la Mindfulness).

Pour conclure en gardant le sourire, notons que Vaincre les TOC a paré à ce qui semble être son seul défaut – n’être pas (encore ?) disponible en édition numérique – avec son petit format qui tient dans un sac à main et son poids plume de 270 grammes. Vous vous demandez si j’ai vraiment pesé le livre pour vérifier ? Sachez que OUI mais que je me soigne… avec les thérapies cognitivo-comportementales et stratégiques !